De l’opulence à la ruine (1870-1944)

1883 : Les vieilles halles médiévales sont détruites. On reconstruit une vaste halle dans le goût du temps, utilisant la fonte, le bois et le zinc.

1886 : Après de très longues discussions, le train de Barfleur à la grande ligne a son débouché économique à Montebourg-Le Ham via Montebourg-ville. La gare de la ville est dans le haut du bourg, près du Calvaire, et elle est particulièrement active aux jours de Chandeleur, de foire de la Mi-Carême, à la saison des choux-fleurs ou des pommes. En 1896, pour le sacre épiscopal de Mgr Le Nordez dans l’église de Montebourg, elle est prise d’assaut. La gare est aussi un des éléments qui contrbuent à l’exode rural, le bourg baissant jusqu’à 1 200 habitants vers 1920, la moitié de la population de 1789!

1892 : les premières pierres de la nouvelle abbatiale sont posées.

1899 : inauguration de la statue de Jeanne d’Arc offerte par Mgr Le Nordez à la suite d’une promesse faite par l’évêque aux Montebourgeois le jour de son sacre, le 9 août 1896 dans l’église Saint-Jacques.

1901 : L’hospice est entièrement rénové et augmenté. La mairie nouvelle est inaugurée, Place du petit Marché, en même temps qu’arrive l’électricité. Avec les Halles, reconstruites en 1883 en style Baltard (avec structure de fonte et de fer), et la statue de Jeanne d’Arc à cheval, inaugurée deux ans plus tôt, Montebourg prend l’allure d’un bourg cossu tel qu’on le conçoit dans le goût de ce XIXème siècle finissant.

1901-1903 : Les lois sur les Congrégations obligent les religieux à demander la reconnaissance de leur Institut qui leur est refusée par le Gouvernement. On est en pleines luttes anti-cléricales. Les frères sont expulsés en 1903 après une journée houleuse où la troupe intervient sous les huées de la foule. Un jeune d’Eroudeville, Edme Le Saché, est arrêté et ovationné comme un héros par les manifestants. La communauté s’éparpille, certains frères vivant de véritables drames humains. Ils ont été obligés de quitter leurs écoles dans lesquelles ils enseignaient parfois depuis plus de vingt ans. Quelques-uns se regroupent en exil en Belgique, autour du Supérieur général, le frère Augustin, avec quelques jeunes novices.

1922 : L’année du retour des Frères est aussi celle de la mort de Mgr Le Nordez et de l’inauguration du Poilu qui fixe dans le bronze une attitude que l’évêque campa devant le sculpteur, Descatoire, pour son soldat de 14-18. C’est aussi l’année où – trait de génie – le conseil municipal et son maire, le Docteur Le Cacheux, vont donner une dimension nationale et internationale à la Chandeleur. Ils vont créer un concours de taureaux pour encourager la sélection travaillée de longue date autour de Montebourg, en particulier dans le Val-de-saire. C’est l’âge d’or de la race normande qui conquiert l’espace rural français et dont Montebourg est la vitrine. En 1927, le Consul des Etats-Unis et celui d’Uruguay sont reçus officiellement à la Chandeleur. L’année suivante, c’est le consul du Brésil qui vient admirer les performances de la race normande. Les jours Chandeleur, des milliers de bovins envahissent le bourg: un spectacle qui durera jusqu’aux années 1960, la Chandeleur déclinant dans les années 70 avec 300 bovins au lieu des 5 000 des années 50. Mais elle réussit sa transformation en foire commerciale d’hiver depuis la fin des années 80.

1936 : Montebourg reste à l’écart du Front Populaire malgré une industrialisation importante: fours à chaux du Ham, laiterie de Montebourg et du Cotentin…

1944 : La bataille de Montebourg après de Débarquement du 6 juin ruine complètement le bourg. Des familles entières restent une dizaine de jours terrées dans les caves sous les maisons incendiées ou à l’hospice pris dans les combats. Il y a 68 victimes parmi la population.

 

[Texte de Jean Margueritte]

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