Le Mont-Castre

A Montebourg, la tradition désigne le Mont Castre (prononcer Mont Câtre) comme étant un “camp romain”. Lorsqu’une colline présente une très ancienne ruine, un ouvrage de terre dont les origines se perdent dans la nuit des temps ou sont depuis longtemps oubliées, toujours la tradition populaire en fait une trace du passage de Jules César et de ses légionnaires. Encore qu’ici, en Cotentin, César n’ait jamais mis les pieds et ses légions si peu!

Un espace fortifié bien antérieur à la conquête romaine

Ce “castrum” n’est cependant pas autre chose qu’un oppidum (camp retranché) bien antérieur à la conquête. Il fut sans doute édifié par les populations de l’Age de Bronze (le 2e millénaire avant J.-C.), peut-être de l’Age de Fer (à partir de l’an 1000 avant J.-C.), en vue de service de refuge au cas de menace ou d’approche d’ennemis. Il est même probable que jamais personne n’y a habité, à l’exception de guetteurs surveillant d’un côté la mer, de l’autre la campagne, et préposés à sonner l’alarme. Il est remarquable que, du Mont-Castre de Montebourg, on voit se découper sur l’horizon lointain, l’autre Mont-Castre, celui de Lithaire, et que des signaux optiques, fumées, feux, pouvaient aisément être transmis de l’un à l’autre. Par ce simple couplage, les deux mers et les deux côtes, ainsi que la zone centrale des marais, pouvaient sans difficulté, être “bouclées”, interdites.

Une levée de terre en demi-cercle

L’enceinte de Montebourg n’est qu’un vaste espace entouré d’un haut rempart de terre soutenu, à sa base, par deux parements de blocs de pierre maçonnés à sec. La forme générale est d’un demi-cercle et la porte, simple interruption dans le rempart, est située au Sud-Ouest; elle est protégée par une sorte de barbacane extérieure. Des alvéoles maçonnées sont creusées dans l’épaisseur du rempart de terre: mais ici, l’organisation de la défense allemande de 1944 peut avoir produit certaines interférences entre les travaux anciens et modernes. Sur la pente, à l’extérieur, se trouve un vieux puits.

Un abri pour les tribus anciennes

Ces camps de hauteurs sont nombreux en Cotentin. Plusieurs furent détruits au cours des dernières années sur le plateau de la hague. Il en existe encore autour de Vauville, un autre à Pépinvast… Il semble que chacune des tribus anciennes possédait le sien. Mais les deux Mont-Castre (Montebourg et Lithaire) sont les plus importants et les mieux conservés. Cependant, aucun ne semble avoir réellement servi de façon belliqueuse, tout au moins les traces extérieures ne le laissent pas entendre.

G.S. La Presse de la Manche

Les deux croquis illustrant l’article sont de Eric Leconte, dont on peut consulter le site (relatant l’histoire de la Manche), ici.

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