Tremblement de terre à Montebourg en 1735 (témoignage)

Récit de M. Frigot, publié dans le Mercure de France :

« M. Frigot, toujours attentif à instruire le public de ce qui se passe d’extraordinaire dans la nature, nous écrit ce qui suit dans sa dernière lettre datée de Montebourg en Cotentin, le 4 février 1735.
Depuis le jour de Noël dernier nous avons essuyé des pluies presque continuelles, souvent mêlées de bourasques et de tonnerre. Deux ouragans furieux, l’un arrivé la nuit du 9 au 10, l’autre, la matinée du 19 du mois dernier, ont déraciné une quantité prodigieuse d’arbres, et surtout de pommiers, ce qui forme un spectacle désolant dans nos campagnes ; beaucoup de maisons sont découverts, et la mer a gagné un terrain considérable près du Grand Vey. Dieu nous préserve d’un accident pareil à celui de l’Isle de Portland, dont nous parle la Gazette. L’Angleterre et la Basse-Normandie vont-elles donc devenir une seconde Sicile et une autre Calabre ? Je trouve dans le Mercure de Novembre, deux Extraits de ce que j’ai pris la liberté de vous écrire au sujet du tremblement de terre arrivé ici le 5 du même mois. En voici encore quelques circonstances remarquée par des personnes qui ne dormaient point. Le mouvement de bascule ou bercement, fut tel qu’il est marqué avoir été en Angleterre, mais outre ce mouvement qui se répéta 4 ou 5 fois de suite, le tremblement fut terminé par une secousse verticale, accompagnée de ce bruit sourd qui me réveilla et qui ressemblait à un gros coup de tonnerre éloigné. Ainsi finit cette terrible scène, qui avait été annoncée quelques temps auparavant par des sifflements inusitez. Un jeune marinier de ma connaissance, revenu depuis 8 jours de S. Domingue, nous assure que pareil tremblement s’y est fait sentir au commencement du même mois, mais il n’a point exactement remarqué le jour. Pour moi, qui suis assez curieux de ce qui arrive dans la nature, j’ai remarqué depuis trois mois que lorsque le vent a été Sud pendant quelque temps et que vers le soir il s’est tout à coup mis au Nord-Ouest, ce qui est arrivé fort souvent, sur le champ on a vu paraître une aurore boréale j’ai vu des nuits au déclin de la derniere Lune et au commencement de celle-ci presque aussi lumineuses que si on eût été dans la pleine Lune. Quelquefois tout l’horizon était couvert de nuages enflammés ; quelquefois ce n’était qu’une lumière comme celle du jour naissant».

Source.

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